Sergeï PAPAIL.  Lead voice and bass guitar.

Ex-member of Marquis de Sade, Sergeï Papail and the Scarlet Empresses, Marc Seberg.

 

KARELS.  Guitars, voices.

Ex-member of Marc Seberg.

 

Pierre THOMAS.  Drums.

Ex-member of Marquis de Sade, Marc Seberg.

Copyright Patrice Poch

Copyright : Pierre-Yves Josse

Frakture est une de ces nombreuses étoiles noires qui hantent l'inconscient du rock européen de façon persistante. Un groupe catalyseur, culte, si l'on adopte pour en parler
le vocabulaire simplifiant des médias actuels...

Formé dans les frictions à fort voltage de l'insurrection punk de la fin des 70's par le bassiste de Marquis de Sade, Sergeï Papail, Frakture devient vite le laboratoire rennais d'expérimentations radicales, adoptant très tôt la langue de Brecht au lieu du standard anglo-saxon, et composant sa musique cubique, lyrique, comme Mondrian ou El Lissitsky ont placé leurs figures géométriques dans un plan en deux dimensions.

 

Collision esthétique entre l'épure rageuse de Métal Urbain et les torsions émotives d'Egon Schiele, le radicalisme froid de la Rote Armee Fraktion, et la sophistication rectiligne du post-punk naissant, le groupe anticipe au diapason de toute la new wave naissante, l'existentialisme intense qui va devenir la norme de la première moitié des 80's. En imprimant durablement les rétines et les oreilles de ceux qui assistent à leurs premiers gigs...

 

Se croisent et se re-croisent dans le groupe nombre de futurs ténors ou activistes de la scène bretonne. Et les va-et-vient entre Frakture, Marquis de Sade et Marc Seberg vont être réguliers. Les échanges stylistiques, les obsessions jumelles abondent, évidemment, entre les trois groupes, avec un ancrage plus marqué dans le post-punk kamikaze pour Frakture, quand MDS ou Marc Seberg iront explorer la pop synthétique ou le white-funk.

 

Et pour bien borner le tout début d'une nouvelle décennie, sort au début de l'année 1980 le EP Sans visage/Nagasakind, qui sera l'épitaphe du Frakture première version. Au dos de la pochette, le groupe est saisi, tendu et frontal par Richard Dumas, qui sera jusqu'à aujourd'hui le photographe officiel-officieux du groupe. Sortira chez Epic, deux ans plus tard, une compilation "Rock à Rennes" avec un autre morceau Die Sackgasse, mais Sergeï Papail est déjà passé à autre chose, montant le groupe Sergeï Papail and the Scarlet Empresses. Groupe à la carrière météorique, décadent et dandy, incluant transfuges de MDS, et nouveaux musiciens (dont Pascal Trogoff avec qui Sergeï écrit tous les titres). SPSE donnera un concert d'anthologie, baigné dans une atmosphère qui doit autant à Visconti qu'à Otto Dix, à l'Espace, à Rennes, avant de s'auto-dissoudre.

 

Sergeï collaborera ensuite avec Sapho, Bernard Szajner... avant que Frakture, tel le phénix, ne ressuscite, pour la sortie de l'album "Checkpoint", en 2004. Puis Sergeï participera à l'aventure (show, exposition, film(s)...) "Des Jeunes Gens Mödernes" lancée par Agnès B, en venant chanter sur la scène des Bains Douches, In Den Kasernen de Marlène Dietrich, en tandem avec DC Shell, avant de lancer le chantier de "30 - Eine Anthologie".

 

Le nouveau et l'ancien Frakture s'y côtoient, comme sur le titre Burning Rain sur lequel chante Philippe Pascal ex-chanteur de Marquis de Sade et de Marc Seberg... ou comme, clin d'oeil fraternel, sur la reprise de Silent World... "30" : un testament et un acte de naissance. Un condensé en forme de quintessence.

 

DC Shell   2010

Frakture 2010.   Photo Richard Dumas